Le problème est "réglé". C'est le terme employé par Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, vendredi matin pour décrire la situation dans 93 des 171 communes identifiées il y a un an comme prioritaires pour réduire le problème de fuites d'eau sur leur réseau. Réglé ?
Dans un document transmis par le ministère à l'occasion du premier anniversaire du "plan Eau", on lit que sur les 171 points noirs, "c'est-à-dire là où les pertes d'eau dans les réseaux de distribution atteignent 50%, soit un litre sur deux", 93 ont "fait l'objet d'un accompagnement financier par les agences de l'eau". Mais concrètement, ça veut dire quoi ?
"Bien souvent, cela veut dire que des études ont été lancées", commente un observateur. "C'est un sujet complexe, les études préalables prennent du temps et les travaux sont longs et très coûteux."
Selon le gouvernement, les agences de l'eau ont engagé 181 millions d'euros en 2023 pour mener 1070 opérations pour "accompagner la réduction des fuites". Et 500 autres opérations pour "sécuriser l'approvisionnement en eau". C'est le cas par exemple en Haute-Marne, où les communes de Lavernoy et de Celles-en-Bassigny ont été raccordées au syndicat mixte de production d'eau potable pour éviter le ravitaillement systématique par camion-citerne l'été.
Mais selon Intercommunalités de France, le compte n'y est pas. L'association évalue le montant des aides pour moderniser un réseau d'eau potable vieillissant "entre 4 et 5 milliards d'euros par an". En lançant le plan Eau il y a un an, Emmanuel Macron avait lui annoncé une enveloppe de 180 millions chaque année.
L'association a publié cette semaine une carte des 198 collectivités qui affichent un taux de fuite sur leur réseau d'eau potable supérieur ou égal à 50%. Des zones dans lesquelles plus de la moitié de l'eau potable de ce réseau est perdue dans la nature.
Précision : ces données se basent sur les chiffres de 2022 et ne prennent donc pas en compte les travaux réalisés depuis un an.
La carte de France des fuites d'eau (données de 2022). - Intercommunalités de FranceSelon Intercommunalités de France, l'essentiel des difficultés se situe à l'est de l'Hexagone, notamment en zone de montagne. "Une grande majorité des services d'eau concernés appartiennent à des petites communes qui gèrent l'eau à l'échelle strictement communale, de manière isolée, en particulier en zone de montagne", explique ainsi l'association. C'est le cas notamment dans les Pyrénées-Orientales, les Hautes-Alpes et les Vosges.
L'Indépendant a regardé de plus près dans sa zone et la communauté de communes d'Agly-Fenouillèdes, qui rassemble 24 communes de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, détient un triste record dans la région avec 86% de fuites sur l'un des points de distribution.
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En France, toujours selon l'association, 5 667 communes exercent "la gestion de l'eau de manière isolée" : ce sont des zones dans lesquelles la compétence de l'eau n'a pas encore été transférée à l'intercommunalité, un transfert qui deviendra obligatoire à compter du 1ᵉʳ janvier 2026.
Se basant sur ces données, Intercommunalités de France plaide en faveur du maintien de ce transfert de compétences qui serait, selon elle, menacé de report. "Certains élus de montagne estiment parfois que l'eau leur appartient et ne veulent pas la partager", décrit son vice-président chargé de l'eau Régis Banquet, également président de Carcassonne Agglo. "Ça ne peut plus durer, il faut arrêter tout ça, il faut s'unir."
La commune de Savines-le-Lac, dans les Hautes-Alpes, sera, elle, fixée d'ici au 15 avril sur sa demande d'aides pour moderniser son réseau.
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